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LE JOURNAL INDÉPENDANT DE CANNES


Les ruines carbonisées de l’antenne de l’office de tourisme de Lyon, place Bellecour, au lendemain de l’incendie du samedi 17 octobre : le pavillon de 1852 a été pris d’assaut, pillé puis incendié pendant la manifestation.
Les ruines carbonisées de l’antenne de l’office de tourisme de Lyon, place Bellecour, au lendemain de l’incendie du samedi 17 octobre : le pavillon de 1852 a été pris d’assaut, pillé puis incendié pendant la manifestation. © Romain Doucelin / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Lyon : l’office de tourisme de Bellecour incendié, la Presqu’île pillée et 160 gardes à vue après la journée du 17 octobre

Au lendemain d’une mobilisation non déclarée qui a rassemblé plus de 20 000 personnes dans le centre de Lyon, le préfet du Rhône, Étienne Guyot, a annoncé dimanche 160 gardes à vue et une centaine de blessés parmi les forces de sécurité, sans victimes parmi les manifestants.

Le bilan est tombé dimanche 18 octobre, au lendemain de la journée de mobilisation contre la vie chère qui a viré au chaos à Lyon. Le préfet du Rhône, Étienne Guyot, a annoncé que 160 personnes avaient été interpellées et placées en garde à vue à Lyon et qu’une centaine de membres des forces de sécurité avaient été blessés. Il a précisé qu’il n’y avait « pas de victimes » parmi les manifestants et a qualifié le niveau de violence d’« inédit ». Samedi soir, un point de situation arrêté à 19 heures ne comptait encore que 20 interpellations.

La journée avait commencé tôt. Selon la préfecture du Rhône, des rassemblements se sont formés dès 6 heures, sans aucune déclaration préalable : ni organisateur, ni parcours déposé, et les rassemblements à risque, notamment devant la raffinerie de Feyzin, ont été dispersés. Peu avant 14 heures, plus de 20 000 personnes convergeaient autour de la place Bellecour, du cours Gambetta, du quai Augagneur et de la Guillotière, anciens gilets jaunes, lycéens, étudiants, militants du climat et agriculteurs mêlés.

Le pavillon de l’office de tourisme, place Bellecour, photographié au lendemain des manifestations, le dimanche 18 octobre : derrière les barrières, les Lyonnais découvrent les ruines carbonisées du bâtiment de 1852.
Le pavillon de l’office de tourisme, place Bellecour, photographié au lendemain des manifestations, le dimanche 18 octobre : derrière les barrières, les Lyonnais découvrent les ruines carbonisées du bâtiment de 1852. © Romainbehar / Wikimedia Commons (CC0)

L’office de tourisme de Bellecour pris d’assaut

Des casseurs ont attaqué l’office de tourisme à coups de pierres et de barres de fer, brisant ses portes et ses fenêtres métalliques, avant d’y pénétrer vers 14 h 30, selon Le Monde ; les faits se sont produits entre 14 h 25 et 14 h 45 environ. La fumée s’est élevée, puis le feu, et le bâtiment s’est embrasé irrémédiablement. Les pompiers n’ont pas pu approcher pendant environ une heure, les attaques contre les forces de l’ordre bloquant leur intervention.

Un pillard s’enfuit avec des chaussures devant la boutique Boss, aux vitrines déjà protégées par des panneaux, dans la Presqu’île de Lyon, samedi 17 octobre.
Un pillard s’enfuit avec des chaussures devant la boutique Boss, aux vitrines déjà protégées par des panneaux, dans la Presqu’île de Lyon, samedi 17 octobre. © AFP / Jeff Pachoud

Construit en 1852 par l’architecte Tony Desjardins, le pavillon détruit formait avec son jumeau l’un des deux pavillons de la place Bellecour, à l’origine à usage militaire, la place servant alors de place d’armes. Devenu l’antenne de l’office de tourisme ONLYLYON, il abritait une statue de Paul Bocuse : les assaillants l’ont tirée dehors puis dégradée, et elle est restée abandonnée sur le sol de la place, selon Radio Espace et Le Progrès.

La Presqu’île livrée aux pillages

La fontaine des Jacobins, place des Jacobins, photographiée au lendemain de la journée du 17 octobre, couverte de tags : c’est sur cette place que la boutique Hugo Boss a pris feu.
La fontaine des Jacobins, place des Jacobins, photographiée au lendemain de la journée du 17 octobre, couverte de tags : c’est sur cette place que la boutique Hugo Boss a pris feu. © Romainbehar / Wikimedia Commons (CC0)

Dès le milieu de l’après-midi, des dizaines de vitrines ont explosé de Bellecour aux Terreaux, et des groupes ont saccagé et pillé les magasins, ressortant chargés de vêtements, de chaussures et de matériel informatique, raconte Le Monde. Parmi les enseignes pillées citées par Le Progrès figurent Lancel, K-Way, The North Face, Micromania et The Kooples ; l’AFP cite aussi Boulanger, en partie incendié, Nike et Sephora.

Place des Jacobins, la boutique Hugo Boss a pris feu ; selon un témoin cité par Le Progrès, des personnes présentes sur place, dont des manifestants, sont entrées dans l’immeuble pour évacuer les habitants. Il y a aussi eu des tirs de mortiers d’artifice place de la République et des dégradations au McDonald’s de la Guillotière. Les vitres de l’hôtel de ville ont été brisées, et la journée s’est achevée par une tentative d’attaque contre l’hôtel de ville et une barricade incendiée ; la police est intervenue vers 20 heures pour mettre fin aux pillages.

« Un niveau de violence inédit »

Dès samedi, le maire de Lyon, Grégory Doucet, a condamné la destruction de l’office de tourisme. « Nos bâtiments publics sont des biens communs, les vandaliser c’est s’en prendre aux Lyonnaises et aux Lyonnais », a-t-il déclaré, évoquant des images « choquantes » et des manifestants « mis en danger » place Bellecour : « Je condamne fermement ces scènes de violence inacceptables. » La préfecture a estimé que « la violence a franchi un cap inédit aux dépens des manifestants qui portaient des revendications ».

Dimanche, Étienne Guyot a redit le choc : « Les Lyonnais me disent que l’on n’a jamais vu un tel déchaînement de violence », assurant que l’État poursuivrait les responsables « avec détermination ». Grégory Doucet a, lui, regretté le « chaos total » observé durant de longues heures. Dimanche matin, il ne restait de l’antenne de l’office de tourisme que des ruines carbonisées. Les maires de Paris, Emmanuel Grégoire, de Marseille, Benoît Payan, et de Lyon ont demandé à être reçus par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, au début de la semaine suivante, pour un diagnostic précis et des garanties.

Camille Moreau
Rédactrice en chef